{"id":30399,"date":"2025-08-24T20:02:30","date_gmt":"2025-08-24T19:02:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/?p=30399"},"modified":"2025-08-24T20:02:31","modified_gmt":"2025-08-24T19:02:31","slug":"au-loup-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/2025\/08\/24\/au-loup-2\/","title":{"rendered":"Au Loup !"},"content":{"rendered":"\n<p>Partie 2. &#8220;l&#8217;infection \u00e9toit insoutenable&#8221;.<br>R\u00e9cit des derniers instants des 4 victimes du loup.<br>Cr\u00e9ancey, Haute-Marne, 1785 ( voir publication d&#8217;hier).<br>\u00c2mes sensibles s&#8217;abstenir.<br>\u00ab Nicole Poissenot, qui avoit \u00e9t\u00e9 si cruellement d\u00e9chir\u00e9e, est accouch\u00e9e le lendemain de l&#8217;accident ; son enfant \u00e9toit mort dans son sein. On lui a trouv\u00e9 la poitrine et les pieds rompus et meurtris.<br>La m\u00e8re a v\u00e9cu huit jours, d\u00e8s le troisi\u00e8me jour, l&#8217;infection \u00e9toit insoutenable que personne presque n&#8217;avoit le courage d&#8217;entrer chez elle, et que ceux m\u00eame qui passoient devant la porte \u00e9toient oblig\u00e9s de se boucher le n\u00e9 et la bouche ; l&#8217;exemple du pasteur (le pr\u00eatre) qui la voyoit deux et trois fois par jour a excit\u00e9 cependant le z\u00e8le charitable de deux femmes surtout qui pansoient sa t\u00eate, l&#8217;\u00e9tuvoient avec des eaux de vie canfr\u00e9es (camphr\u00e9es), l&#8217;enveloppoient avec des feuilles de coupeaux et autres. Cependant malgr\u00e9 tous les soins, on voyoit de plus en plus fourmiller les vers au dehors et combien au dedans qu&#8217;on ne voyoit pas !<br>Son mari la gardoit seul jour et nuit, il \u00e9toit oblig\u00e9 de se tenir sur le seuil de la porte et ou il pouvoit l&#8217;entendre, il avoit soin de porter ce qu&#8217;elle demandoit, et quoi du bouillon ou autre boisson qu&#8217;elle ne pouvoit prendre qu&#8217;en se l&#8217;entonnant elle m\u00eame dans la gorge, elle est morte enfin le huiti\u00e8me jour, la t\u00eate rong\u00e9e de vers, sans aucune apparence de Rage, avec une pleine connaissance, apr\u00e8s avoir re\u00e7u les sacrements qu&#8217;il \u00e9toit possible de lui administrer et avec tous les signes d&#8217;une parfaite r\u00e9signation. L&#8217;acte de s\u00e9pulture est dans le registre le 24 juin.<br>Entre les quatre autres qui avoient \u00e9t\u00e9 mordus, il y en a trois qui sont morts de la Rage \u00bb.<br>Avant de poursuivre plus avant ce r\u00e9cit, et afin de mieux le comprendre, rappelons ce qu&#8217;est la Rage (source : site Internet de l&#8217;Institut Pasteur) :<br>\u00ab Le virus de la rage (genre Lyssavirus) est pr\u00e9sent dans la salive de l\u2019animal (chien, animal sauvage\u2026) en fin de maladie. La transmission survient le plus souvent apr\u00e8s la morsure par un animal contamin\u00e9, par griffure ou encore l\u00e9chage sur la peau excori\u00e9e ou sur une muqueuse. La contamination d\u2019homme \u00e0 homme est exceptionnelle (transplantations d\u2019organes, transmission de la m\u00e8re au f\u0153tus).<br>Le virus rabique est neurotrope : il infecte le syst\u00e8me nerveux et affecte son fonctionnement. Il ne provoque pas de l\u00e9sions physiquement visibles dans le cerveau mais perturbe les neurones, notamment ceux qui r\u00e9gulent des fonctionnements autonomes comme l\u2019activit\u00e9 cardiaque ou la respiration. Apr\u00e8s quelques jours \u00e0 quelques mois d&#8217;incubation le plus souvent, l\u2019individu atteint d\u00e9veloppe un tableau d\u2019enc\u00e9phalite. La phase symptomatique d\u00e9bute souvent par une dysphagie (difficult\u00e9 \u00e0 avaler) et des troubles neuropsychiatriques vari\u00e9s, notamment l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et l\u2019agitation. L\u2019hydrophobie est parfois pr\u00e9sente (due \u00e0 la dysphagie). Une fois les signes d\u00e9clar\u00e9s, l\u2019\u00e9volution se fait vers le coma et la mort (souvent par arr\u00eat respiratoire) en quelques heures \u00e0 quelques jours. Hormis quelques cas d\u00e9crits, l&#8217;issue est toujours fatale lorsque la maladie est d\u00e9clar\u00e9e \u00bb.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/2025_03_01_hysterie-collective2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"947\" height=\"596\" src=\"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/2025_03_01_hysterie-collective2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-30402\" srcset=\"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/2025_03_01_hysterie-collective2.jpg 947w, https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/2025_03_01_hysterie-collective2-300x189.jpg 300w, https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/2025_03_01_hysterie-collective2-768x483.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 947px) 100vw, 947px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n<p><br>Reprenons le r\u00e9cit :<br>\u00ab La premi\u00e8re est Anne Rourot, femme de Mammes Bouteille (la m\u00e8re infirme qui n&#8217;a pu s&#8217;enfuir et fut d\u00e9fendue par sa fille). Elle a eu deux acc\u00e8s. Le premier a commenc\u00e9 le 13 juillet environ un mois apr\u00e8s l&#8217;accident et s&#8217;est d\u00e9clar\u00e9 par une horreur de l&#8217;eau et de toute boisson qu&#8217;on lui pr\u00e9sentoit, si grande qu&#8217;elle lui causoit une esp\u00e8ce de col\u00e8re, des grimaces, des contorsions, des convulsions \u00e9pouvantables qu&#8217;on ne sauroit d\u00e9peindre, \u00e0 mesure qu&#8217;elle ascensoit dans l&#8217;acc\u00e8s, elle montroit la m\u00eame horreur du manger et de bien d&#8217;autres choses, au point que quand on les lui offroit, elle se jettoit vers la ruelle de son lit, comme si elle eut cherch\u00e9 \u00e0 fuir, elle \u00e9toit tourment\u00e9e de naus\u00e9es, de vapeurs, de crachements presque continuels, de fantomes qu&#8217;elle disoit voir, surtout elle se plaignoit du loup qui la tiroit dans un foss\u00e9. Il ne lui \u00e9toit pas possible d&#8217;\u00eatre dans son lit autrement qu&#8217;assise et dans les moments de crise, il falloit qu&#8217;elle se courbat jusqu&#8217;\u00e0 ses pieds. Cela luy a dur\u00e9 pr\u00e8s de 24 heures. Elle a \u00e9t\u00e9 ensuite un peu tranquille pendant quelques temps.<br>Le 14 juillet, presqu&#8217;\u00e0 la m\u00eame heure que la veille, le second acc\u00e8s \u00e0 commenc\u00e9 et continu\u00e9 jusqu&#8217;au milieu avec les m\u00eames circonstances que le premier, except\u00e9 que c&#8217;\u00e9toit plus violent ; au milieu de l&#8217;acc\u00e8s, elle s&#8217;est mise \u00e0 baver, ce qui est arriv\u00e9 fr\u00e9quemment jusqu&#8217;\u00e0 la fin et quelques fois si abondamment qu&#8217;elle ne pouvoit parler ou ne prononcer que quelques mots entrecoup\u00e9s. Sur la fin de l&#8217;acc\u00e8s, elle s&#8217;est lev\u00e9e avec la m\u00eame force qu&#8217;une personne en sant\u00e9 et sembloit courir vers le seau pour chercher de l&#8217;eau, cependant elle n&#8217;a fait qu&#8217;ouvrir une petite armoire et a pri de l&#8217;eau b\u00e9nite, elle est retourn\u00e9e aussit\u00f4t sur son lit ou elle a expir\u00e9 dans la bave.<br>Elle n&#8217;a fait aucun geste qui donnat lieu d&#8217;appr\u00e9hender qu&#8217;elle fit aucun mal sinon qu&#8217;elle \u00e9loignoit en tendant le bras, le poingt et toujours ferm\u00e9 ceux qui l &#8216;inqui\u00e9toient, surtout qui s&#8217;affligeoient et g\u00e9missoient autour d&#8217;elle. L&#8217;acte de s\u00e9pulture est sous le 16 juillet.<br>La seconde morte de la Rage c&#8217;est Fran\u00e7oise Bouteille, veuve de Pierre Thierriot, (celle qui a d\u00e9fendu sa m\u00e8re en combattant le loup) elle a eu aussi deux acc\u00e8s.<br>La premi\u00e8re a commenc\u00e9 le 21 juillet, le second le 22. Ils ont dur\u00e9 chacun pr\u00e8s de 24 heures. Toutes les circonstances sont absolument les m\u00eames que celles qu&#8217;on vient de d\u00e9crire en parlant d&#8217;Anne Rourot sa m\u00e8re, \u00e0 cela pr\u00e8s qu&#8217;elle a paru plus agit\u00e9e et qu&#8217;elle a du souffrir davantage.<br>Ce qu&#8217;il y a de particulier pour Fran\u00e7oise Bouteille, c&#8217;est que sur la fin du second acc\u00e8s, deux heures environ avant la mort, elle a beaucoup effray\u00e9 les personnes qui la veilloient. C&#8217;\u00e9toient son p\u00e8re, sa s\u0153ur et deux femmes du village, tout \u00e0 coup elle a ramass\u00e9 toutes ses couvertures et les a jet\u00e9es en bas, elle a saut\u00e9 du lit, a voulu le renverser comme pour chercher quelque chose, son p\u00e8re a tach\u00e9 de la remettre sur son lit, elle lui a port\u00e9 deux coups de poingt pour l&#8217;\u00e9loigner et comme il persistoit, elle lui en a lanc\u00e9 un troisi\u00e8me qu&#8217;il a \u00e9vit\u00e9. Dans le m\u00eame instant, elle s&#8217;est tourn\u00e9e en face de ces quatre personnes avec des yeux menaceans hors de sa t\u00eate. Les deux femmes se sont sauv\u00e9es dans la cour, elle les a suivies, a ferm\u00e9 la porte apr\u00e8s elle \u00e0 la clef et a verrouill\u00e9.<br>Pendant ce temps, le p\u00e8re et la s\u0153ur se sont sauv\u00e9s dans une chambre. Quand la malade s&#8217;est vue seule, elle s&#8217;est plac\u00e9e aux pieds de son lit qu&#8217;elle venoit de renverser et de toutes ses forces \u00e0 poingts ferm\u00e9s, elle frappoit sur le loup : \u00abmalheureuse b\u00eate ! \u00bb disoit-elle, \u00ab tu d\u00e9vorer\u00e9s donc ma m\u00e8re ? Ah ! Qu&#8217;on m&#8217;apporte une hache ! \u00bb.<br>Les femmes qui \u00e9toient dehors la voyoient et l&#8217;entendoient par la crois\u00e9e, le p\u00e8re et la jeune s\u0153ur qui \u00e9toient dans la chambre voisine l&#8217;entendoient seulement. Cependant qu&#8217;elle \u00e9toit occup\u00e9e du loup, une des femmes est all\u00e9e avertir le p\u00e8re et sa s\u0153ur par une fen\u00eatre derri\u00e8re la maison de profiter de l&#8217;occasion pour sortir et se mettre plus en suret\u00e9. Ils ont bien vite pass\u00e9 par la chambre de la malade qui les a aper\u00e7us comme ils ouvroient la porte de la cour, a couru sur eux, a ferm\u00e9 de nouveau la porte \u00e0 la clef et au verrouil. De la, elle est retourn\u00e9e contre son loup aux pieds du lit et apr\u00e8s avoir \u00e9puis\u00e9 ses forces, elle est venue s&#8217;asseoir et baver aupr\u00e8s du feu, elle a alternativement lutt\u00e9 contre le loup et bav\u00e9 aupr\u00e8s du feu \u00e0 diff\u00e9rentes reprises pendant une heure au moins. Enfin elle s&#8217;est retir\u00e9e dans la chambre \u00e0 cot\u00e9 ou avoient \u00e9t\u00e9 son p\u00e8re et sa s\u0153ur et est morte en montant sur le lit de cette chambre, on l&#8217;y a retrouv\u00e9e les genoux sur le bord et la t\u00eate sur le chevet contre l&#8217;envers de la ruelle.<br>Ainsi est morte cette jeune veuve qu&#8217;on pourroit bien proposer comme un mod\u00e8le de la pi\u00e9t\u00e9 et de la tendresse dues aux parents, qu&#8217;on pourroit bien mettre au nombre de femmes fortes et qui auroit bien m\u00e9rit\u00e9 une r\u00e9compense si elle avoit v\u00e9cu. Elle laisse un fils, enfant de cinq ans, \u00e0 pr\u00e9sent orphelin de p\u00e8re et de m\u00e8re. L&#8217;acte de sa s\u00e9pulture est sous le 24 juillet.<br>Le troisi\u00e8me mort de la Rage est Pierre Bouteille. Celui ci n&#8217;a eu qu&#8217;un acc\u00e8s de 24 heures qui a commenc\u00e9 le 22 juillet. Ce jeune homme alloit vers le midi voir sa m\u00e8re malade. Il avoit plu.<br>Lorsqu&#8217;il fut sur la porte, il apper\u00e7ut un petit ruisseau qui couroit dans le milieu de la rue. Il se senti saisi de frayeur, il \u00e9prouva un tr\u00e9moussement de tout son corps, il revint chez lui.<br>Il essaya de boire pour remettre son sens, il ne put boire et l&#8217;horreur redoubla. Sa femme se mit \u00e0 arroser la chambre pour baliser (balayer), le seul filet d&#8217;eau qui tomboit lui fit des r\u00e9volutions inconcevables. Il se mit au lit, o\u00f9 il ne pouvoit contenir les mouvements qui l&#8217;agitoient, tout lui faisoit ombrage, les chaudrons, les po\u00ebles, la vaisselle d&#8217;\u00e9tain et m\u00eame de terre qu&#8217;il fallut enlever, une personne qui arrivoit dans la maison la lueur du feu, l&#8217;\u00e9clat du vase d&#8217;argent des onctions (celui du pr\u00eatre), l&#8217;ombre de la main du pr\u00eatre qui l&#8217;administroit, tout en un mot produisoit sur lui des sensations incroyables de crainte et d&#8217;inqui\u00e9tude. Le 23, vers les deux heures du matin, il eu sans doute des pressentimens de fureur car il avertit qu&#8217;on le liat, il en pria m\u00eame. Cet avertissement donna de la crainte aux assistants. Au lieu de le lier, on se sauva.<br>Sa femme resta seule avec lui. La fureur pressentie arriva, il faisoit tout ce qu&#8217;il pouvoit pour mettre en fuite sa femme qui ne vouloit pas le quitter, enfin il rompit la tringle de rideau de son lit, l&#8217;arracha et jetta le tout sur sa femme qui sortit, et apr\u00e8s laquelle il ferma la porte.<br>Aussitot il se mit \u00e0 fracasser dans la chambre tout ce qu&#8217;il put, vint \u00e0 la crois\u00e9e, passa son bras le poingt ferm\u00e9 dans tous les carreaux et se le mit tout en sang, arracha les chassis et chambranle, mit tous les bois en morceaux, jetta tout dehors et ce qu&#8217;il avoit d\u00e9j\u00e0 d&#8217;ailleurs fracass\u00e9, enfin les bancs qui \u00e9toient entour de sa table. Tout ce fracas d&#8217;une seule main, et tenant toujours de l&#8217;autre son crucifix. Il n&#8217;avoit alors plus peur de l&#8217;eau, il s&#8217;en renversa un seau entier sur la t\u00eate.<br>Le Pasteur arriva. La femme du malade furieux, lui vint dire que leurs quatre petits enfants \u00e9toient dans la chambre \u00e0 cot\u00e9, qu&#8217;elle doutoit qu&#8217;il n&#8217;y fut entr\u00e9. Le pasteur approcha de la porte ferm\u00e9e, parla au malade qui entendit aussit\u00f4t sa voix et lui dit : \u00ab Ah, Mr le cur\u00e9, ils n&#8217;ont pas voulu me lier, si vous voyiez dans quel \u00e9tat je suis \u00bb.<br>Il entra car la porte n&#8217;\u00e9toit ferm\u00e9e qu&#8217;au loquet, s&#8217;avan\u00e7a \u00e0 3 ou 4 pas du malade qui \u00e9toit aupr\u00e8s de son chalit car le lit \u00e9toit renvers\u00e9 et boulevers\u00e9 au milieu de la chambre. Pendant qu&#8217;il entretenoit le malade, il fit passer derri\u00e8re lui quatre hommes qui all\u00e8rent chercher les quatre enfants et les sauv\u00e8rent. Quand le pasteur fut sorti, on ferma la crois\u00e9e en dehors avec un volet appuy\u00e9 de gros bois et ensuite toutes les portes, fen\u00eatres etc par ou le malade pourvoit s&#8217;\u00e9chapper.<br>On alla dire la messe pour le malade ou, except\u00e9s quelques personnes qui crurent devoir rest\u00e9s autour de la maison, toute la paroisse assista, fondante en larmes.<br>Apr\u00e8s la messe, le pasteur revint. Le malade qui s&#8217;effrayoit sans doute dans la chambre devenue obscure depuis qu&#8217;on avoit ferm\u00e9 la crois\u00e9e d&#8217;un volet, \u00e9toit alors dans une chambre haute, ou il y a une petite fen\u00eatre \u00e0 deux barreaux qui donne sur la rue.<br>Il faut remarquer que le malade avoit de temps \u00e0 autre de courtes intervalles moins critiques et moins violens. On lui avoit tendu au bout d&#8217;une perche par la petite fen\u00eatre une chemise qu&#8217;il avoit v\u00eatue.<br>Il \u00e9toit presque toujours \u00e0 cette fen\u00eatre. Le pasteur lui parloit, il r\u00e9pondit d&#8217;une mani\u00e8re m\u00eame satisfaisante et \u00e9difiante. Il se plaignoit quelque fois \u00e0 son pasteur de ce que tous les bois dont on avoit ferm\u00e9 les entr\u00e9es de sa maison l&#8217;effrayoient, il demandoit ce que c&#8217;\u00e9toit. Quelques fois il se plaignoit des objets affreux qu&#8217;il avoit sous les yeux : \u00ab Mr le cur\u00e9, disoit-il, si vous voyiez ce que<br>je vois ! Mais est ce que vous ne voyez pas aussi ? \u00bb<br>Dans un moment moins critique, le pasteur lui persuada que pour n&#8217;\u00eatre homicide ni de soi m\u00eame ni des autres, il falloit pendant qu&#8217;il le pouvoit encore, prendre des pr\u00e9cautions. On lui tendit un \u00e9cheveau de gros fil de tisserand, il se le mit en bandouli\u00e8re, se tourna le dos<br>contre les barreaux, on passa une corde entre le fil et son dos et on l&#8217;arr\u00eata contre les barreaux.<br>La fureur suivi de pr\u00e8s cette op\u00e9ration. Il se donna des secousses qui faisoient horriblement souffrir les t\u00e9moins : il crioit \u00e0 pleine t\u00eate\u2026 \u00ab au loup ! \u00bb, ce qui lui arrivoit presque toujours dans les temps critiques.<br>Quand la fureur fut apais\u00e9e, on monta, on lui lia les jambes, ensuite les bras, on lacha la corde qui le tenoit aux barreaux sans le d\u00e9tacher, on l&#8217;\u00e9tendit sur la paille, il \u00e9toit hors d&#8217;\u00e9tat de faire mal ni \u00e0 lui ni \u00e0 personne. Pendant qu&#8217;on le lioit, il disoit \u00ab mes enfants, surtout prenez bien garde que je ne vous \u00e9gratigne \u00bb et il fermait les poingts tant qu&#8217;il pourroit dans cette crainte.<br>Il eut bien des mauvais moments jusqu&#8217;au midi. Enfin il fut abattu, rendit prodigieusement de bave, et expira \u00e0 midi et demi environ, sans \u00eatre aucunement d\u00e9figur\u00e9. Il laisse une jeune femme, quatre enfants, un au berceau, deux qui marchent \u00e0 peine et un de cinq ans. L&#8217;acte de sa s\u00e9pulture est sous le 24 juillet.<br>On ne s\u00e7ait s&#8217;il est hors de propos d&#8217;observer que les trois personnes mortes de Rage, deux ou trois jours avant leur accez, \u00e9toient tourment\u00e9s de l&#8217;envie d&#8217;aller dans le lieu ou elles avoient \u00e9t\u00e9 mordues, et qu&#8217;on les en a d\u00e9tourn\u00e9es.<br>Voil\u00e0 assur\u00e9ment une affreuse trag\u00e9die.<br>Mais nous allons \u00eatre bien d\u00e9dommag\u00e9s par le r\u00e9cit des sentiments et des dispositions de conscience de ces malheureus, ou pour mieux dire de ces glorieuses victimes. Tous, d\u00e8s le moment qu&#8217;ils ont \u00e9t\u00e9 mordus, se sont abandonn\u00e9s \u00e0 la providence, tous se sont confess\u00e9s, encore au commencement de leurs acc\u00e8s. Tous ont re\u00e7u les autres sacremens avec une pi\u00e9t\u00e9 la plus touchante, la plus digne d&#8217;admiration, tous les ont re\u00e7us \u00e0 temps. Il sembloit que la divine bont\u00e9 les avertissoit et leur m\u00e9nageoit les moments. Tous aimoient avoir leur pasteur et \u00e0 l&#8217;entendre, tous dans le fort m\u00eame de la rage le reconnaissoient, l&#8217;\u00e9coutoient et sembloient soulag\u00e9s par sa pr\u00e9sence.<br>Tous dans les intervalles de rel\u00e2che se recommandoient aux pri\u00e8res de tout le monde et d&#8217;une mani\u00e8re si frappante que les sanglots des assistants \u00e9galoient les cris des enrag\u00e9s. Tous ont confess\u00e9 la crainte (de) faire mal \u00e0 personne avec la disposition involontaire \u00e0 en faire.<br>On ne sauroit s&#8217;empescher de rapporter mot pour mot ce que Pierre Bouteille, revenu d&#8217;une crise la plus cruelle, dit \u00e0 son pasteur : \u00ab Mr le cur\u00e9, mes chers enfans, que sont-ils devenus ? Ou sont-ils ? Ne les ai-je point bless\u00e9s ? Ne les ai-je point tu\u00e9s ? Non : r\u00e9pond le pasteur, non mon cher ami, je les ai fait enlever sans que vous vous en aperceviez \u00bb .<br>\u00ab Ah ! Que je vous ai d&#8217;obligation Mr, je vous les recommande, je vous recommande aussi ma pauvre femme. Ah ! Combien voil\u00e0 donc que je lui en fais couter, combien voil\u00e0 de choses cass\u00e9es, mais ce n&#8217;est pas moi, Mr, ce n&#8217;est pas moi, je fais ce que je ne veux pas \u00bb.<br>Tous ont t\u00e9moign\u00e9 jusqu&#8217;au dernier soupir la plus grande soumission \u00e0 la volont\u00e9 du Seigneur, le plus ardent d\u00e9sir de souffrir davantage pourvu qu&#8217;il leur en donnat les forces, la plus vive confiance qu&#8217;il voudroit bien leur tenir compte de leurs souffrances. Tous ne lui demandoient qu&#8217;une seule chose : de mourir dans sa grace et dans son amour etc. En un mot, ils ont tous fait verser autant de larmes qu&#8217;ils ont prononc\u00e9 de paroles. Tout le monde les regarde comme martyrs et est \u00e9difi\u00e9 de leur mort et le pasteur eu la consolation d&#8217;entendre plusieurs dire : \u00ab je ne serois pas fach\u00e9 de mourir enrag\u00e9, si j&#8217;\u00e9tois sur de mourir aussi saintement \u00bb.<br>La dite relation certifi\u00e9 v\u00e9ritable et on ne peut plus exacte par moi soussign\u00e9 pr\u00eatre cur\u00e9 de cr\u00e9ancey, ce premier janvier mil sept cent quatre vingt six.<br><br><br>AD Haute-Marne, registre paroissial de Cr\u00e9ancey, 1785.<br>Publi\u00e9 dans  &#8220;Histoires de femmes et de m\u00e8res, XVIe-XVIIIe si\u00e8cles&#8221;, Fr\u00e9d\u00e9ric F\u00e9vrier, \u00e9ditions Sydney Laurent.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Capture-decran-2025-08-24-a-20.43.00.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"715\" height=\"925\" src=\"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Capture-decran-2025-08-24-a-20.43.00.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-30403\" srcset=\"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Capture-decran-2025-08-24-a-20.43.00.png 715w, https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Capture-decran-2025-08-24-a-20.43.00-232x300.png 232w\" sizes=\"auto, (max-width: 715px) 100vw, 715px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Un loup-garou fait des ravages <br>dans cette gravure sur bois de Lucas Cranach the Elder, datant de 1512.\u00a0<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Partie 2. &#8220;l&#8217;infection \u00e9toit insoutenable&#8221;.R\u00e9cit des derniers instants des 4 victimes du loup.Cr\u00e9ancey, Haute-Marne, 1785 ( voir publication d&#8217;hier).\u00c2mes sensibles s&#8217;abstenir.\u00ab Nicole Poissenot, qui avoit \u00e9t\u00e9 si cruellement d\u00e9chir\u00e9e, est accouch\u00e9e le lendemain de l&#8217;accident ; son enfant \u00e9toit mort dans son sein. On lui a trouv\u00e9 la poitrine et les pieds rompus et meurtris.La [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":30404,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"image","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_s2mail":"","footnotes":""},"categories":[90,88],"tags":[],"class_list":["post-30399","post","type-post","status-publish","format-image","has-post-thumbnail","hentry","category-patrimoine-lorrain","category-tragique","post_format-post-format-image"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30399","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=30399"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30399\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":30405,"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30399\/revisions\/30405"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/30404"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=30399"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=30399"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=30399"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}