{"id":30947,"date":"2025-11-08T12:14:09","date_gmt":"2025-11-08T11:14:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/?p=30947"},"modified":"2025-11-23T12:55:52","modified_gmt":"2025-11-23T11:55:52","slug":"un-professeur-de-latin-devenu-trop-agreable-a-son-eleve-mlle-de-breteuil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/2025\/11\/08\/un-professeur-de-latin-devenu-trop-agreable-a-son-eleve-mlle-de-breteuil\/","title":{"rendered":"[Enqu\u00eate] Un professeur de latin \u00ab\u00a0devenu trop agr\u00e9able\u00a0\u00bb \u00e0 son \u00e9l\u00e8ve, Mlle de Breteuil"},"content":{"rendered":"\n<p>Le v\u00e9ritable ennemi de Voltaire fut Jean-Baptiste Rousseau, et la raison en est une sombre histoire de m\u0153urs\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Selon plusieurs auteurs, vers 1718, Jean-Baptiste Rousseau, 48\/50 ans, professeur de latin de Mlle Emilie de Breteuil, \u00e9tait \u00ab&nbsp;devenu trop agr\u00e9able&nbsp;\u00bb \u00e0 son \u00e9l\u00e8ve de 10\/12 ans, car d\u00e9j\u00e0 au XVIIIe s., on retournait la faute sur la victime.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette sombre histoire de m\u0153urs, \u00e9touff\u00e9e d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque, serait une des explications de la d\u00e9testation de Voltaire pour le po\u00e8te Jean-Baptiste Rousseau (1670-1741) (\u00e0 ne pas confondre avec Jean-Jacques).<\/p>\n\n\n\n<p>Gabriel Feydel, journaliste fran\u00e7ais, raconte dans une lettre comment le litt\u00e9rateur J.-B. Rousseau, plac\u00e9 pr\u00e8s de Mlle Emilie de Breteuil (10\/12 ans) pour lui apprendre le latin et qui \u00ab&nbsp;lui \u00e9tait paru que trop aimable&nbsp;\u00bb (traduction : \u00ab&nbsp;l\u2019avait viol\u00e9e&nbsp;\u00bb), fut cong\u00e9di\u00e9 par le p\u00e8re de la fillette, M. le baron de Breteuil, en toute discr\u00e9tion.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Voltaire \u00e0 Cirey,<\/em> l\u2019\u00e9crivain Desnoiresterres, nie ce crime avec une grande d\u00e9sinvolture en \u00e9crivant :<br>\u00ab&nbsp;Le journaliste G. Feydel attribue \u00e0 ce premier sentiment vite effac\u00e9 et dont on ne se souvenait plus que pour en rougir, une pers\u00e9cution qui de la part de Voltaire fut incessante. Toute cette lettre est d&#8217;une ignorance des faits et des dates qu&#8217;on a peine \u00e0 comprendre.<br>En supposant que mademoiselle de Breteuil e\u00fbt alors quatorze ans, et c&#8217;est bien le moins qu&#8217;on puisse admettre, l&#8217;auteur du <em>Flatteur<\/em>&nbsp;en avait cinquante. Ces chiffres rapproch\u00e9s en disent assez sur l&#8217;absurdit\u00e9 de cette fable.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-video aligncenter\"><video controls src=\"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/1614561167.200038592600789638799643-V14-Animated.mp4\"><\/video><\/figure>\n\n\n\n<p>Voici la fameuse lettre du journaliste Gabriel Feydel :<br>\u00ab&nbsp;Oui, charmante Dorine, ce fut l&#8217;\u00e9tourderie d&#8217;une femme aussi digne d&#8217;estime par ses excellentes qualit\u00e9s, que vous l&#8217;\u00eates par les v\u00f4tres, qui attira sur la longue vieillesse de Jean-Baptiste Rousseau, une pers\u00e9cution infamante de la part de Voltaire : et Voltaire, en cela, crut toujours n\u2019\u00eatre que juste.<br>Il calomniait, et croyait m\u00e9dire. Beaucoup d&#8217;honn\u00eates gens re\u00e7urent la calomnie comme v\u00e9rit\u00e9 ; ce qui n\u2019est n&#8217;est que trop commun. J&#8217;ignore quelle serait l&#8217;opinion des si\u00e8cles \u00e0 venir, sur cette particularit\u00e9 affligeante de notre histoire litt\u00e9raire.<br>A tout \u00e9v\u00e9nement, je vais vous faire conna\u00eetre ce que j&#8217;en sais. Ne voulant pas trop fatiguer votre attention ; je vous prie de supposer avec moi, que c\u2019est de vous que je vais parler.<br>Vous \u00eates n\u00e9e, Dorine, d&#8217;une famille distingu\u00e9e, opulente : vos parents occupent de grands emplois publics. Vous demandez un ma\u00eetre de latin, selon une coutume qui durait encore au Si\u00e8cle des S\u00e9vign\u00e9 et des Lafayette.<br>Votre famille voit avec plaisir que l\u2019\u00e9tude \u00e0 laquelle vous d\u00e9sirez vous livrer, comme s&#8217;y livrent secr\u00e8tement plusieurs de vos pareilles, vous mettra en \u00e9tat de r\u00e9gir une abbaye, en cas de besoin.<br>Un ma\u00eetre de rudiments vous est choisi ; ses le\u00e7ons r\u00e9ussissent. Mais votre p\u00e8re est averti que le pr\u00e9cepteur qu&#8217;il vous a donn\u00e9 vous est devenu trop agr\u00e9able. Il lui cherche une place avantageuse quelque part, et le cong\u00e9die sans bruit.<br>Les ann\u00e9es s\u2019\u00e9coulent ; vous \u00eates une dame de la cour. A la ville et \u00e0 la campagne, Voltaire que vous aimez, ne vous quitte pas plus que votre ombre, et devient physicien, parce que vous aimez la physique.<br>Une affaire de famille vous attire en pays \u00e9tranger : il vous y accompagne. Votre ancien pr\u00e9cepteur, banni juridiquement [\u2026], s\u2019est abrit\u00e9 dans la ville o\u00f9 vous attire votre proc\u00e8s.<br>Nous sommes trois \u00e0 Bruxelles, vous dit Voltaire : ne nous y quittons point. [\u2026] Travaillons de tout notre pouvoir \u00e0 faire cesser un exil qui ne d\u00e9shonore que les juges [\u2026].<br>Cette proposition, Dorine, vous embarrasse. Vous vous y refuser : Voltaire insiste ; vous persistez dans votre refus. Voltaire voit augmenter votre trouble : il para\u00eet en p\u00e9n\u00e9trer la cause : il s\u2019\u00e9chaufffe comme un \u00e9colier, s\u2019emporte comme un jaloux ; vous consentirez \u00e0 voir l\u2019infortun\u00e9 proscrit, ou \u00e0 dire nettement ce qui vous en emp\u00eache. [\u2026]<br>D\u00e9sormais en toute occasion, Voltaire parlera et \u00e9crira du sublime auteur comme d\u2019un monstre indigne de toute piti\u00e9. Et vous serez le premier instrument de cette effroyable pers\u00e9cution. [\u2026]&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Un cahier d&#8217;histoire litt\u00e9raire, G. Feydel (Paris, Delaunay , 1818, p. 25 \u00e0 28)<br><em>Voltaire \u00e0 Cirey<\/em>, Desnoiresterres<br><br>Tableau de couverture : par Largili\u00e8re repr\u00e9sentant Richard Cantilllon, sa fille Henriette et Marie-Anne O\u2019Mahony. Ce tableau de la vie d&#8217;une famille aristocratique de l&#8217;\u00e9poque a \u00e9t\u00e9 choisi pour illustrer la vie de Mlle de Breteuil.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le v\u00e9ritable ennemi de Voltaire fut Jean-Baptiste Rousseau, et la raison en est une sombre histoire de m\u0153urs\u2026 Selon plusieurs auteurs, vers 1718, Jean-Baptiste Rousseau, 48\/50 ans, professeur de latin de Mlle Emilie de Breteuil, \u00e9tait \u00ab&nbsp;devenu trop agr\u00e9able&nbsp;\u00bb \u00e0 son \u00e9l\u00e8ve de 10\/12 ans, car d\u00e9j\u00e0 au XVIIIe s., on retournait la faute sur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":30952,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"image","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_s2mail":"","footnotes":""},"categories":[29,31,26],"tags":[],"class_list":["post-30947","post","type-post","status-publish","format-image","has-post-thumbnail","hentry","category-evenements","category-voltaire","category-mme-du-chatelet","post_format-post-format-image"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30947","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=30947"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30947\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":31024,"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30947\/revisions\/31024"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/30952"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=30947"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=30947"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.histoiresgalantes.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=30947"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}