Un petit coin à l’abri de l’injustice

Petite enquête sur Vandeléville, petit village charmant du Saintois où François-Antoine Devaux, alias Panpan, gentilhomme poète de la cour de Lunéville et grand ami de madame de Graffigny, se réfugie très souvent pour soigner ses peines de cœur auprès du Prieur Guillerant.

On ne sait si Panpan loge au château ou ou au prieuré (presbytère du XVIIIe) de Vandeléville, mais ces deux magnifiques bâtisses n’ayant pas changées depuis cette époque, la balade dans ce village vaut vraiment le détour.

Le Prieur Guillerant, attaché à l’illustre maison Cardon de Vidampierre, seigneurs de Vandeléville (érigé en comté en 1723 par le duc Léopold), essaye en vain d’apaiser la querelle entre Devaux et ses parents qui refusent son mariage avec une jeune fille dont il est fou amoureux.

Vers la fin du mois de mars 1736; Françoise de Graffigny écrit à son ami :
«  Mais, Panpan, n’y a-t-il donc pas un petit coin sur la terre ou on puisse vivre à l’abri de l’injustice ? Ayons patience, mon cher ami. J’imagine un moyen de nous voir. Il faudra passer tes vacances de l’automne à Vandéleville. J’irai a Marainville, et tu y sera plus que chez le Prieur. Ce seront de beaux jours sans trouble. Il faut y penser pour effacer les idées de peines que je te donne.
Va, si se pauvre Amour prend un parti ou avec son père, ou autrement, si tu ne tiens pas bon contre le tien, tu sera bien poule mouillée. Tu ne lui donnes que des chagrins imaginaires, il ne faut pas qu’il t’en donne de réels.
Adieu, mon cher Panpan, au nom de l’amitié ne prends pas ceci trop a cœur.
Ce n’est rien de nouveau. Tu étais résolu a ne point venir. Je te l’aurais épargné si tu ne m’avais parut balancer a cause de ma santé, et s’il n’était nécessaire que tu saches dans quelle disposition est ton père. Tu t’en doutais ainsi. Prends cela pour ce qu’il est, et n’use pas ta santé a avoir du plaisir noir. Il te fait plus de mal qu’à un autre. La vie, mon cher Panpan, le temps, mon cher Panpan : médite bien ces deux point. Ce jeudi soir. »
A Monsieur/ Monsieur de Vaux, chez/ Mr Michel, advocat en/ Parlement/
Villeneuve/ a Nancy »

Vous trouverez ici une monographie de Vandeléville datant de 1888, sur Limédia Galeries

Château vu du Prieuré
Prieuré du XVIIIe siècle

Explication de l’origine de la famille de Cardon de Vidampierre, seigneurs de Vandéleville, et dont les ancêtres sont originaires de Catalogne :
Didier de Cardone, est le premier à établir sa branche au XVe siècle d’abord dans le Barrois, puis en Lorraine à l’époque du bon roi René (René d’Anjou).
Suivent de « nombreux » Cardon toujours attachés aux ducs de Lorraine et ayant la charge de grand gruïer de Lorraine (charge créée par Jean duc Je Calabre, XVe).
Daniel de Cardon hérite des terres de Vandeléville par sa femme Louise de la Mothe. Début XVIIIe, son petit-fils, Jean-Philippe de Cardon, comte de Vidampierre, 2e du nom, se voit confier l’éducation des trois princes de Lorraine par le duc Léopold en personne qui le nomme gouverneur de ses fils. Il fait ériger le château de Vandeléville en 1712.
C’est dans la descendance de Jean-Philippe II que l’on retrouve une certaine Comtesse de Vidampierre, talentueuse écrivaine, poète, amie de Voltaire et du comte de Tressan, plusieurs de ses poésies et lettres sont éditées autour de 1770.
Poète reconnue de son vivant, elle se nomme probablement Marguerite Floquet, fille du maître d’hôtel du roi de Pologne, mariée à  Jean-Joseph Antoine de Cardon. 
On dit aussi que la comtesse de Vidampierre est la nièce de la célèbre mathématicienne Emilie du Châtelet, mais de très loin, et du coté de la mère de son mari Françoise-Gabrielle-Eugénie Capisuchy Bologne.
Les Etrennes du Parnasse réunissent plusieurs textes de la comtesse de Vidampierre et du comte de Tressant, à lire sur Gallica ici
Vous pouvez lire ses poésies Mélange de poésie et de prose par madame la comtesse de Vidampierre accessible ici :

Eglise se trouvant à droite du Prieuré
Le château de Vandeléville et son « saut du Loup »

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