« Ah, quelle femme ! Que je suis petite ! »

[Cirey, jeudi soir 25 décembre 1738]
Madame de Graffigny est invitée chez les Du Châtelet, en leur château de Cirey. La marquise Du Châtelet y vit depuis 4 ans avec son amoureux, Voltaire.
Subjuguée par l’intelligence d’Emilie qui vient d’être récompensée par l’Académie des sciences pour son étude sur La nature du feu (réalisée en secret et anonymement), madame de Graffigny écrit un hymne (à sa manière) pour célébrer son hôtesse :
« Ah, quelle femme ! que je suis petite ! Si ma diminution s’etendoit sur le corps, je passerois par le trou d’une cerure. J’ai lu aussi le Discours sur le feu de Voltaire ; il n’est pas digne de torcher le cul de l’autre. Il est bien vray que quand les femmes se mele d’ecrire, elles surpassent les hommes. Quelle prodigieuse difference ! Mais combien de siecles faut-il pour faire une femme comme celle-la ? Et comment a-t-elle fait ce discour ? La nuit, parce qu’elle se cachoit de Voltaire. Elle ne dormoit qu’une heure ; accablée de someil, elle se mettoit les mains dans de l’eau a la glace, ce promenoit en se battant les bras, et puis ecrivoit les resonnemens les plus abstrait avec un stille a se faire lire pour lui. Elle a passé huit nuit de suite de cette façon. ».
Extrait de Petits Riens de madame de Graffigny
Correspondances de madame de Graffigny, Oxford Voltaire foundation
Illustration © Pietro Longhi 1752

One Reply to “« Ah, quelle femme ! Que je suis petite ! »”

  1. tellement charmant &.. féministe! quelle force de caractère!

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