La Petite Voleuse ⎢ Épisode 12

M. de Voltaire
Château de Cirey, vendredi 3 août 1736

La tempête au dehors s’était apaisée et Jeanne se retrouva seule, avec le petit chien Socrate, dans la chambre de M. de Voltaire. Intriguée par la scène qu’elle venait de voir, la fillette regardait fixement la porte vitrée du cabinet, à gauche de l’alcôve, où se trouvait le secrétaire à secret rempli désormais de rouleaux d’or. La pièce toute entière lui semblait étinceler. Les meubles, le décor, tout lui parut merveilleux et fantastique, la cafetière « du levant » finement ciselées de motifs dorés, les rideaux rouges à franges d’or du lit à dôme qui retombaient jusqu’à terre. Car visiblement rien n’était trop beau pour cet invité prestigieux.

Mais qui était donc M. Arouette de Voltaire ? Son attitude et sa présence au château étaient pour Jeanne une énigme. Il passait ses journées à écrire, assis à son bureau. Elle le croisait tous les jours, le matin vers 10 h et le soir au souper. Un jour, gentil, le lendemain, hautain, il se mettait parfois dans des colères terribles, hurlant contre ses gens parce qu’ils ne lui apportaient pas assez vite sa perruque ou ses pantoufles, et lorsqu’il criait contre ses domestiques, quelques heures après, s’il les voyait près de lui, il disait devant eux « Je me suis fâché contre mes gens, je les ai grondés ; mon Dieu, il faut qu’on me pardonne, car je souffrais comme un malheureux. »

Jeanne était incapable de dire si elle l’aimait, ou pas. Il lui était tout bonnement indifférent. Quant à la châtelaine, elle semblait hypnotisée par son invité et riait à chacune de ses plaisanteries. La fillette se rappela, que le lendemain, elle et plusieurs domestiques avaient reçu l’ordre d’assister à la répétition de la pièce de théâtre, Zaïre, écrite par M. de Voltaire. Des affiches avaient été placardées sur toutes les portes du château. Mme du Châtelet y tenait le rôle de Zaïre et Mme de Champbonin, celui de Fatime, sa servante. La petite suivante se réjouissait par avance de cette belle soirée à venir.

DR © P Fourtier-Debert 2025

La suite ici :
Épisode 13 – Le théâtre
Épisode 14 – La navette à frivolités
Épisode 15 – Le rouge aux joues
Épisode 16 – Le bûcher
Épisode 17 – Les mules couleur de rose
Épisode 1 – La gardeuse d’oies
Épisode 2 – Les escargots
Épisode 3 – Le chaos
Épisode 4 – Un habit de servante
Épisode 5 – Le petit Champbonin
Épisode 6 – Le meilleur des châteaux possibles
Épisode 7 – Le baguier de Voltaire
Épisode 8 – Le mouchoir brodé
Épisode 9 – La serinette
Épisode 10 – Le mouton chéri
Épisode 11 – L’orage
Épisode 12 – M. de Voltaire

HAUTAIN, adj. (Gramm.)1​ est le superlatif de haut & d’altier ; Hautain est toujours pris en mauvaise part ; c’est l’orgueil qui s’annonce par un extérieur arrogant : c’est le plus sûr moyen de se faire haïr, & le défaut dont on doit le plus soigneusement corriger les enfans. On peut être haut dans l’occasion avec bienséance. Un prince peut & doit rejetter avec une hauteur héroïque des propositions humiliantes, mais non pas avec des airs hautains, un ton hautain, des paroles hautaines. Les hommes pardonnent quelquefois aux femmes d’être hautaines, parce qu’ils leur passent tout ; mais les autres femmes ne leur pardonnent pas. Voltaire

Chambre de Voltaire à Cirey, d’après les inventaires
© PFD 2025

LEVANT le, L’ORIENT, s. m. (Gramm.) Ces deux mots sont quelquefois synonymes en Géographie, comme le sont le couchant & l’occident ; mais on ne les emploie pas toûjours indifféremment. Lorsqu’il s’agit de commerce & de navigation, on appelle le Levant toutes les côtes d’Asie, le long de la Méditerranée, & même toute la Turquie asiatique ; c’est pourquoi toutes les échelles depuis Alexandrie en Egypte, jusqu’à la mer Noire, & même la plûpart des îles de l’Archipel, sont comprises dans ce qu’on nomme le Levant. Nous disons alors voyage du Levant, marchandises du Levant, &c. & non pas voyage d’Orient, marchandises d’Orient, à l’égard de ces lieux-là. Cela est si bien établi, que par Orient, on entend la Perse, les Indes, Siam, le Tonquin, la Chine, le Japon, &c. Ainsi le Levant est la partie occidentale de l’Asie, & l’Orient est tout ce qui est au-delà de l’Euphrate. Enfin, quand il n’est pas question de commerce & de navigation, & qu’il s’agit d’empire & d’histoire ancienne, on doit toûjours dire l’Orient, l’empire d’Orient, l’église d’Orient. Les anciens auteurs ecclésiastiques, par une licence de leur profession, entendent souvent par l’Orient, le patriarchat d’Antioche, qu’ils regardoient comme la capitale de l’Orient. (D. J.)




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