Lumières sur la colline de Marimont

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En 1866, Marie-Lucie Falconet, Baronne de Jankovitz de Jeszenisce lègue à la ville de Nancy : – une liasse de papiers provenant de son grand-père le célèbre sculpteur Etienne-Maurice Falconet, – divers portraits peints par son père Pierre-Étienne Falconet et plusieurs bustes en marbre de sa mère, la célèbre sculptrice Marie-Anne Collot.

La liasse de papier contient vingt-deux lettres de Diderot adressées au sculpteur Falconet (dont la dernière lettre annonçant la célèbre dispute entre les deux amis).
Les bustes en marbre sont d’une incroyable beauté et illustre le talent exceptionnel de Marie-Anne Collot, sculptrice française que l’aristocratie russe s’arrache alors qu’elle n’a que 18 ans !

Cet héritage des Lumières brille encore du haut de la colline de Marimont, pour ceux qui savent entendre l’histoire de cette famille hors du commun et reposant dans la petite chapelle élevée à sa mémoire.

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Saint-Petersbourg, 1766, Marie-Anne Collot, suit son professeur Etienne-Maurice Falconnet à la cour de Russie. Eminemment talentueuse, la jeune fille devient la coqueluche des aristocrates qui se l’arrachent pour avoir leur portrait sculpté de sa main !
Marie-Anne est reçue à l’Académie des Beaux-arts de Saint Petersbourg, en 1767, elle n’a que 19 ans !

Elle épouse en 1777, le fils de Falconnet, Pierre-Étienne Falconet (✝1791 ?), peintre, dont elle se séparera rapidement en raison de son comportement brutal mais dont elle aura une fille, Marie-Lucie Falconet.
A la révolution, la sculptrice achète le domaine de Marimont en Moselle et s’y retire avec sa fille.

C’est alors que le destin des deux femmes va rencontrer celui d’une autre famille exceptionnelle, la famille de Jankovitz, nobles hongrois au service du roi Stanislas.

 Marie-Lucie Falconet épouse en 1792 à Lunéville, Antoine de Jankovitz (fils de Joseph Jankovitz, intendant du « Grand Maître » Ossolinski, et contrôleur ordinaire en remplacement du Lorrain François-Antoine Alliot.).
Antoine de Jankovitz sera élu conseiller général, député, puis préfet de la Meurthe.
Leur fils Anselme de Jankovitz nait à Nancy en 1806. La terre de Marimont est élevé en baronnie en 1820 par Louis XVIII.
La vie s’écoule paisiblement pour la petite famille(1), dans leur trois résidences de Marimont, Lunéville et Nancy.

Le 9 décembre 1830, Anselme, fils unique des barons de Jankovitz, se blesse mortellement lors d’un accident de chasse aux loups(2) et meurt 13 jours plus tard dans d’atroces souffrances.

En 1841, ses parents inconsolables élèvent en sa mémoire une chapelle funéraire sur les ruines d’une tour du vieux château féodal de leur domaine de Marimont. L’édifice est est surmonté d’une coupole.

En 1847, on transfère dans ce lieu de mémoire les restes d’Anselme de Jankovitz et ceux de sa grand-mère Marie-Anne Collot (✝1821), on y dépose quelques mois plus tard ceux du baron malheureusement décédé la même année 1847, puis ceux de la baronne, Marie-Lucie Falconet décédée en 1866.

Une plaque au cimetière de Bourdonnay raconte encore l’effroyable tragédie du fils tant aimé :
« Ici a été déposé le corps du chevalier Anselme-Stanislas-Maurice-Firmin-Léon de Jankovitz de Jeszenicze d’origine hongroise. Docteur en droit. Lieutenant de louveterie. Fils unique enlevé à ses infortunés parents le baron de Jankovitz député de la Meurthe et dame Marie-Lucie Falconet , par une affreuse catastrophe de chasse aux loups du 9 janvier.
Né à Nancy le 23 février 1806, mort dans sa terre de Marimont le 22 janvier 1830 »

L’histoire est encore plus rocambolesque puisque le baron et la baronne dévasté par le chagrin mais désireux de léguer leur fortune à un membre de leur famille, entreprennent un voyage dés 1831 en Hongrie afin d’adopter Vincent Jankowitch, descendant de leurs ancêtres hongrois.
Ce dernier,Vincent de Jankowitch, est enterré au cimetière de Bourdonnay au coté de sa femme Louise-Simone-Félicie de Vaulchier du Deschaux.

(1) Le personnel du domaine et des habitants de Bourdonnay estiment beaucoup la famille de Jankovitz pour leur générosité et leurs actions sociales. En 1839 le baron  fait une donation  pour la fondation et l’entretien d’une salle d’asile à Bourdonnay qui accueille les enfants jusqu’à leur 6/7 ans, soit une des toutes premières crèches; et une salle pour l’enseignement des jeunes filles, le bâtiment est toujours visible dans le village.
(2) voir aussi l’article « Terrible chasse au loups »

Photographies/article©DR Pascale Debert

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