Histoire de la “ferme de Saint-Urbain” à Rosières-aux-Salines

Comme promis, voici un petit topo sur la belle maison de Rosières-aux-Salines, dite « ferme de SAINT-URBAIN », grâce aux recherches d’une ancienne propriétaire (que je remercie au passage), recherches que j’ai recoupées avec les miennes (modestes).

Si effectivement, le style très XVIIIe de cette belle demeure semble être dû à des éléments ajoutés au tout début du XXe siècle… (rotonde centrale, ailes, sculptures), il n’en reste pas moins que la ferme de SAINT-URBAIN s’avère être très, très ancienne.

Charles II de Lorraine, dit le Hardi

1402
L’origine de cette maison remonte au XVe siècle. 1402 exactement, date à laquelle Charles II, duc de LORRAINE (dit le Hardi), octroie à Barlai de DUILLEY, écuyer, à ses hoirs et ayant-droit, cette franchise de liberté pour qu’il puisse faire édifier et maçonner un édifice de grange, maison et habitation au ban de la vielle de Rosières en la Crouée, lieu dit Le Rayeux, (Crouée ou corvée désignait en patois lorrain une pièce de terre d’une certaine étendue ; rayeux veut dire défrichement.)

1410
Le bénéfice de ces lettres de franchises et la Crouée du RAYEUX sont cédés à Thirion MILLIAM (MÉLIAN) de ROSIERES, en 1410. La maison franche (maison forte dite aussi château du Rayeux) qui y est construite garde le nom de RAYEUX.

Dom Calmet dans son mémoire sur la noblesse écrit que Thirion MÉLIAN fut un des premiers, ou même le premier anobli de Lorraine, en 1382. Suivant dom Pelletier, ce personnage était originaire de Rosières, et fut déclaré gentilhomme en 1428.
Il est appelé MENIANT dans un titre de 1481 et dans des lettres patentes du 17 octobre 1487 où il est qualifié de lieutenant général au bailliage de Saint-Mihiel, et procureur général de Lorraine.

1452
Un contrat de mariage passé, en 1452, entre Mile MÉLIAN DE ROSIERES et Marguerite, fille de GOUDEFFROY, lieutenant du bailli de Nancy, stipule :
“que si Mile vient à mourir avant sa femme, celle-ci jouira, sa vie durant, du gagnage du Rayeux près Rosières.”

On distingue “Le Rayen” à côté de “Cul de Febues”

1625.
Un acte signale, en 1625, l’érection d’une chapelle.

1685
Quoique qualifiée de fief dans un titre de 1685, l’érection en fief de ce domaine n’a lieu réellement que le 13 août 1765, par lettres patentes du roy STANISLAS.

On ignore à quelle époque ce gagnage changea son nom en celui de Saint-URBAIN, et à qui il appartient dans le courant des XVIe et XVIIe siècles.

1714
Nicolas François VAUTRIN, avocat à la Cour et conseiller du duc Léopold, vend ce domaine en 1714, à Charles-Christophe CUEUILLET (1657-1723) (ou CUEÜLLET), conseiller à la Cour Souveraine , et à Marguerite-Gabrielle DE NOIREL (1669-1723), son épouse.

Il devient ensuite la propriété de leur petite-fille Agnès de REBOUCHER qui, par contrat du 11 mai 1765, le céda à sa sœur, Gabrielle-Christine de REBOUCHER, veuve douairière de Joseph-Charles REGNAULT, baron de CHATILLON, capitaine au régiment des gardes du duc LÉOPOLD.

Le baron de CHATILLON possède par ailleurs, lui aussi, son propre château à Val-et-Châtillon, près de Cirey-sur-Vezouve,

Château de Chatillon

1765
C’est en faveur de la baronne Gabrielle-Christine de REBOUCHER que, par lettres patentes du 15 août 1765, le domaine de SAINT-URBAIN est érigé en fief :
« d’après la requête présentée au Roi en son Conseil d’Etat par Dame Gabrielle Christine de REBOUCHER, veuve du Sieur Charles Joseph REGNAULT, baron de Chatillon, vivant capitaine au Régiment des Gardes des Ducs Léopold 1er et François III, contenant qu’il lui appartient sur le ban de Rosières et actuellement, Saint-Urbain consistant en maison de maître, de fermier, bergerie, marcairerie, colombier, environ 300 jours de terre labourable, 100 fauchées de blé, 30 arpents de bois, 8 jours de vigne, outre les clos et jardin attenant à la maison, le tout ne formant presque qu’un seul continent… »

Sa fille Reine Sophie, baronne de Châtillon REGNAULT, se marie le 27 Janvier 1789, à François Charles Joseph FORGET de BARST.

1836
Après la Révolution, le domaine passe à la famille BEAUPRÉ.
Jean-Nicolas BEAUPRÉ achète Saint-URBAIN en 1836.

Son père Claude BEAUPRÉ a déjà acheté l’hôtel de Custines le 15 floréal an III (avril 1794), et une maison rue du faubourg Stanislas (maison du chevalier de BOUFFLERS, actuel parking de Beaupré) le 29 nivôse an III (janvier 1794).
Claude BEAUPRÉ est né à Dieuze en janvier 1795, venu à Nancy en 1816 où il est mort en 1869 « dans la maison qui lui appartenait, rue du faubourg Stanislas, 2 » (Ch Courbe).
C’est donc son fils, Jean-Nicolas BEAUPRÉ qui achète Saint-URBAIN, en 1836.
Ses petits-fils, Louis et Jules, vendent la partie ferme de la propriété à Monsieur COURNAULT en 1909 et c’est après cette vente qu’ils font les travaux d’agrandissement de la maison dans un style XVIIIe.

Les énormes portes en fer forgé décorées d’un blason avec des couronnes de baron ou de comte semblent dater de cette époque.

Le dernier descendant, Louis, se fait appeler comte de BEAUPRÉ, il meurt le 19 juillet 1928. C’est un homme réservé qui ouvre rarement son domaine aux habitants de Rosières. Madame Golsdstein, née en 1912, témoigne être venue, à 8 ans, à Saint Urbain avec “le patronage”. : “M. le comte était un gros monsieur très gentil, assis dans un fauteuil avec un petit chien noir sur les genoux.”

Entre autres trésors, Jean-Nicolas BEAUPRÉ possédait aussi une immense bibliothèque, comprenant le « Journal de Durival».
(Nicolas Durival, secrétaire du roy Stanislas, tenait, dès 1737 et jusqu’à sa mort en 1795, un journal des faits qui se déroulaient dans l’entourage ducal)

1928
La grand-mère d’Anne Boulanger-Pécout, Mme Luc, rachète le domaine en 1928 et la ferme en 1929. A la suite du décès de sa fille, Mme Pécout, le tout sera revendu en 2003.
Un grand merci à Anne pour ses fabuleuses recherches.

Sources :
Ch. Courbe, Promenades historiques…
Le département de la Meurthe : statistique historique et administrative. Deuxième partie.
Les communes de la Meurthe : journal historique des villes, bourgs, villages, hameaux et censes de ce département. 2e volume.
Mémoires de la Société d’Archéologie Lorraine et du Musée…,
Société d’Archéologie Lorraine, 1869.



Ce petit bâtiment abritait autrefois
un système de désalinisation de l’eau (Anne Boulanger-Pécout)

Laisser un commentaire