La petite voleuse
ou l’Histoire de Jeanne Foissy,
jeune domestique du château de Cirey
au service de la marquise du Châtelet
Nouvelle écrite au jour le jour, d’après une histoire vraie dont le procès est conservé aux ADHM. Ce texte a été également rédigé d’après les inventaires, dont – celui réalisé au château de Cirey par la marquise du Châtelet en 1746, – celui de Lunéville réalisé en 1749 le lendemain de son décès, d’après – la correspondance de Mme de Graffigny, invitée au château de Cirey, d’après – certains contes de Voltaire, en particulier Candide et Micromégas, d’après des textes de Leibnitz et d’après – le fonds du Chastelet conservé aux ADHM. Cet exercice est un prétexte pour décrire la vie au château de Cirey en 1736.
Épisode 1
La gardeuse d’oies
Jeanne Foissy était née à Cirey-le-Château. Toute sa famille était originaire de ce petit village haut-marnais situé à la frontière de la Lorraine. En 1735, elle venait de fêter ses 11 ans et sa vie se résumait à aider ses parents en accomplissant des tâches domestiques. Le plus souvent, elle gardait un petit troupeau d’oies qu’elle emmenait pâturer dans le pré longeant la forge de Cirey.
Les soirs d’été et les longs jours d’hiver, elle s’asseyait sur une chaise devant la fenêtre de la masure familiale, pour coudre ou broder. Depuis cette fenêtre, elle voyait le mur extérieur du château de Cirey, une bâtisse du XVIIe siècle qui dominait la vallée où serpentait une jolie rivière. Ce mur imposant était percé d’une porte en bois qui permettait au gens du village, travaillant au château, d’y accéder plus rapidement. De temps en temps, elle y voyait passer sa tante, Jeanne Culard, surnommée « la Mayance », mais c’était assez rare.
Depuis un ans, la fillette avait croisé de nombreux artisans, maçons, ferronniers, sculpteurs, peintres, car des travaux d’agrandissement et d’embellissement étaient en cours dans le château. Des travaux d’importance dirigés par un certain M. Aroüette de Voltaire, poète. Invité par la marquise du Châtelet, dame de Cirey, l’homme de lettres s’était installé dans l’aile gauche de la bâtisse, bâtie spécialement pour et par lui. Il était très attaché à la châtelaine, disait-on avec malice, au village.
Jeanne n’avait jamais vu la marquise ni son célèbre invité dont on lui rebattait les oreilles tous les jours depuis un an : « La marquise du Châtelet a fait ci, M. Aroüette de Voltaire a fait ça ». Quel drôle de nom, se disait-elle, ne pouvant s’empêcher de chantonner « Aroüette, gentil Aroüette, Aroüette, je te plumerai. »
DR © P Fourtier-Debert 2025
La suite ici :
Épisode 2 – Les escargots
Épisode 3 – Le chaos
Épisode 4 – Un habit de servante
Épisode 5 – Le petit Champbonin
Épisode 6 – Le meilleur des châteaux possibles
Épisode 7 – Le baguier de Voltaire
Épisode 8 – Le mouchoir brodé
Épisode 9 – La serinette
Épisode 10 – Le mouton chéri
Épisode 11 – L’orage
Épisode 12 – M. de Voltaire
Épisode 13 – Le théâtre
Épisode 14 – La navette à frivolités
Épisode 15 – Le rouge aux joues
Épisode 16 – Le bûcher
Épisode 17 – Les mules couleur de rose
Épisode 18 – Hélas, mon pauvre argent !
Épisode 19 – Les belles dentelles
Épisode 20 – « On nous écoute »
Épisode 1 – La gardeuse d’oies
D’après une histoire authentique conservée aux ADHM.
