La Petite voleuse ⎢ Épisode 6

Le meilleur des châteaux possibles
Château de Cirey, juin 1736

Jeanne vivait au château depuis 7 mois. Elle avait appris la lecture, l’écriture et quelques notions de métaphysique. En effet, la marquise du Châtelet, génie des mathématiques, testait sur sa suivante de 11 ans et demi, la valeur pédagogique de son livre en cours d’écriture, Les Institutions de Physique, qu’elle destinait à son fils Florent, alors âgé de 8 ans. Ces cours furent une révélation pour Jeanne et ils déclenchèrent en elle un goût si fort pour l’étude, qu’elle demanda la permission d’emprunter des livres. [La bibliothèque de Cirey comptait alors plus de 21 000 ouvrages.]

Ayant appris, grâce à Leibnitz, que « rien n’est sans raison », « qu’il n’y a pas d’effet sans cause » et que « tout est bien dans le meilleur des mondes possibles », Jeanne se demandait désormais qu’elles pouvaient bien être les causes qui avaient provoqué son existence. Elle avait observé une grande différence entre sa vie d’avant de «  gardeuse d’oies », et ce qu’elle vivait dans le meilleur des châteaux possibles, revêtue d’une robe « de la Perse » et entourée de bibelot « de la Chine ». Il est vrai qu’elle ne souffrait plus du froid ni de la faim.

Toute à ses pensées nouvelles, Jeanne entendit sonner la cloche du petit déjeuner et descendit dans les cuisines pour vérifier que le plateau de Madame ne manquait de rien. Tasse et soucoupe de porcelaine ornées de roses, chocolatière et sucrier de vermeil, petits biscuits, tout était parfait.

En cette merveilleuse matinée d’été, la marquise avait prévu de se promener le long de la rivière et elle demanda à sa petite suivante d’aller lui chercher son parasol pliant. Jeanne savait exactement où le trouver. Le parasol de soie bleue était dans l’un des tiroirs de la belle commode, peinte en vernis bleu et jaune, dans la chambre à coucher de Madame, à côté d’une boite dans laquelle on mettait toutes les clefs.

DR © P Fourtier-Debert 2025

PARASOL, s. m. (ouvrage de Mercerie.)
toile cirée, ou piece de taffetas coupée en rond, & soutenue sur de petits morceaux d’osier ou de baleine, & sur une baguette tournée, au bout de laquelle il y a un petit bâton tourné, pour alonger le parasol, dont l’usage est de se défendre du soleil en le portant au-dessus de la tête. On fait aujourd’hui des parasols plians qui sont très-commodes. (D. J.)

La suite ici :
Épisode 7 – Le baguier de Voltaire
Épisode 8 – Le mouchoir brodé
Épisode 9 – La serinette
Épisode 10 – Le mouton chéri
Épisode 11 – L’orage
Épisode 12 – M. de Voltaire
Épisode 13 – Le théâtre
Épisode 14 – La navette à frivolités
Épisode 15 – Le rouge aux joues
Épisode 16 – Le bûcher
Épisode 17 – Les mules couleur de rose
Épisode 18 – Hélas, mon pauvre argent !
Épisode 19 – Les belles dentelles
Épisode 20 – « On nous écoute »
Épisode 1 – La gardeuse d’oies
Épisode 2 – Les escargots
Épisode 3 – Le chaos
Épisode 4 – Un habit de servante
Épisode 5 – Le petit Champbonin
Épisode 6 – Le meilleur des châteaux possibles

Parasol pliant, XVIIIe s.
Chardin, XVIIIe s.

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