EN 1837, La nancéienne Élise Voïart et sa belle-fille Amable Tastu, messine, réalisent ensemble un livre pour enfants Contes des fées choisis. Les deux écrivaines revisitent les contes à leur façon, c’est à dire drôle et féministe avant l’heure, et ses contes sont magnifiquement illustrés.
Les deux femmes sont très liées à la peintre Constance Mayer qui réalise leurs portraits. Celui d’Amable, est au musée de la Cour d’Or à Metz et celui d’Elise est au musée des Beaux-Arts de Nancy.
Les femmes de lettres furent sans doute très affectées par le suicide de leur amie Constance, en 1821.
Élise Voïart est une écrivaine nancéienne, traductrice, romancière et auteure d’ouvrages pour la jeunesse.
Élise Petitpain, dite « Voïart », née le 10 février 1786 à Nancy où elle est morte le 21 janvier 1866.
Elle épouse un veuf de trente ans son aîné, Jacques-Philippe Voïart, administrateur des vivres aux Invalides. Les Voïart élisent domicile au 4, rue des Vertus à Choisy-le-Roi à la campagne pour préserver la santé d’Amable, fille de M. Voïart née d’un premier mariage.
Élise tient un salon salon artistique et intellectuel fréquenté par le chansonnier Béranger, leur ami David d’Angers, le couple d’artistes Pierre-Paul Prud’hon et Constance Mayer qui réalise un portrait de madame Élise Voïart exposé au musée des Beaux-Arts de Nancy.
L’intérêt littéraire et la charge subversive de ses écrits a été d’emblée sous-estimée et rapidement occultée, comme c’est souvent le cas pour les femmes de lettres stigmatisées comme des bas-bleus. Pourtant, Élise Voïart est une traductrice, érudite de la littérature allemande, romancière et intellectuelle engagée dans les débats de son temps, est aussi une penseuse de la condition féminine, capable de subvertir les normes imposées aux femmes.
Amable Tastu (1795,-1885) est une poétesse lorraine, admirée par Lamartine, Hugo, Chateaubriand,…
Son œuvre est tombée dans l’oubli alors qu’elle est juste magnifique.
Dès 1819, elle écrit de la poésie et des articles pour le Mercure de France.
Amable Cazimir Sabine Voïart nait le 30 août 1795, rue des Clercs, à Metz.
Sous son nom de plume d’Amable Tastu, elle écrit et publie des poèmes qui lui apportent la notoriété. C’est une poète romantique. En 1851, la rose « Amable Tastu » est créée en son honneur.
Ruiné par la crise économique de la révolution de Juillet, elle fait vivre sa famille grâce à sa plume en rédigeant des articles pour le Mercure de France et à La Muse française. Elle publie des ouvrages pédagogiques, des traductions, des sommes historiques, un Cours d’histoire de France, publié en accord avec le ministre de l’Instruction publique, un volume sur la littérature allemande, un autre sur la littérature italienne. Elle est également l’autrice de libretti pour des musiciens comme Saint-Saëns.
Victor Hugo lui dédie son Moïse sur le Nil et Chateaubriand son Camoens. Sainte-Beuve, qui compose, en son honneur une élégie de 18 quatrains, lui consacre 16 pages dans ses Portraits contemporains.
Une rose est nommé Amable en son honneur.
A lire ici Poésies, par Mme Amable Tastu.
A lire ici Contes des fées choisies

La Véronique
Sur le tableau de Prud’hon.
Par Amable tastu.
Le jour paraît, Zéphir s’éveille,
Abandonne le sein des fleurs,
Où, s’enivrant de leurs odeurs,
Il sommeillait depuis la veille.
Il voltige dans nos bosquets ;
Une eau pure, un ombrage frais,
Arrêtent sa course légère ;
Il folâtre sur la fougère,
Se joue aux branches des ormeaux,
Entr’ouvre une fleur printanière,
Balance son vol sur les eaux.
Cette fleur, hier caressée,
Cesse d’être belle à ses yeux ;
Las de parfums et de rosée,
Zéphir suspend enfin ses jeux.
Mais bientôt son aile inconstante
S’agite, et d’un essor nouveau
Il fait plier l’herbe tremblante,
Qui frémit au bord du ruisseau.
Zéphir sourit, et l’onde émue
Fait gémir l’écho du vallon :
Le dieu d’une plante inconnue
Vient d’embellir le frais gazon.
Bientôt de la fleur étrangère
Colorant le front délicat,
L’azur de son aile légère
Lui prête un fugitif éclat :
Mais, fleur fragile et passagère,
Un instant ternit ta fraîcheur;
Souvent, Véronique éphémère,
Un souffle léger de ton père
Suffit pour emporter ta fleur.
Demain nous chercherons peut-être
Ce frêle éclat qui nous séduit :
Un jeu du Zéphir t’a fait naître,
Un jeu du Zéphir te détruit!



