Une « omelette d’enfants », une « fricassée d’anges de Fragonard », des « enfants boudins », ou encore une « vénus prête à exploser »…
Diderot, critique d’art à ses heures (et légèrement grossophobe mais ce terme n’existait pas au XVIIIe siècle), décrit, à la demande de son ami Grimm pour la Correspondance littéraire, les tableaux du Salon.
Couleur, composition, thème, dessin sont passés à la moulinette Diderot.
Ce souci de déconstruire les codes académiques, alors qu’il n’y connaît encore rien à la peinture (dixit lui-même), dévoile la facette sarcastique du Philosophe.
Denis fait le job mais n’y trouve son compte que dans la liberté de ton accordée à ses lettres destinées à un public aristocratique confidentiel et échappant de ce fait à la censure : « Peu m’importe, écrit-il à Grimm, la seule chose que j’ai à cœur, c’est de vous épargner quelques instants que vous emploierez mieux, dussiez-vous les passer au milieu de vos canards et de vos dindons. »
En 1763, il découvre qu’il avait tort et reconnaît avoir jugé trop sévèrement certaines œuvres. Trois salons plus tard, en 1765, il a tout compris (ou presque) de l’art pictural lorsqu’il rédige Essais sur la peinture, un texte révolutionnaire évoquant les prémices de l’esthétique impressionniste.
Diderot, l’inattendu, Pascale Fourtier-Debert et Frédéric Chef, chez LIRALEST

