“Le Cavalier de bronze” inspira à Pouchkine le plus beau de ses poèmes !

Le cavalier de bronze, dit aussi Le Cavalier d’airain, est une statue équestre monumentale représentant Pierre le Grand. Elle fut réalisée entre 1766 et 1778 par les sculpteurs français Etienne-Maurice Falconet et Marie-Anne Collot, à la demande de Catherine II.
Cette statue emblématique de Saint-Petersbourg a inspiré à Alexandre Pouchkine le plus beau de ses poèmes.

Le monument équestre se dresse au centre de la ville, sur l’ancienne place du Sénat, à quelques mètres de la Neva.
Pouchkine débute son poème par un hommage à Pierre le Grand.
Le tsar, ayant vaincu les armées suédoises, décide d’ouvrir une « fenêtre sur l’Europe », et construit une nouvelle capitale à l’extrémité occidentale du pays. La ville, édifiée sur des marécages finnois, est un chantier pharaonique qui a entrainé la mort de milliers d’ouvriers. De plus elle est constamment menacée par les crues de la Neva. Ainsi naît Saint-Pétersbourg, à la fois symbole de la grandeur du tsar, et de sa brutalité ; de l’ouverture d’un pays sur l’occident ; et de la fragilité de celle-ci.

Le poème de Pouchkine est un conte fantastique qui se déroule lors d’une des terribles crues de la Neva. Un jeune homme russe, Eugène, trouve refuge sur la place du Sénat, il est assis sur la statue d’un lion d’où il assiste à la catastrophe. Lorsque les eaux se calment un peu, il se précipite vers le quartier populaire de Pétersbourg où habite sa fiancée, Paracha. Hélas, la maison de celle-ci a été emportée par la Neva.
Eugène, devenu à moitié fou, se met à errer dans la ville. C’est ainsi qu’il se retrouve un jour sous la statue de Pierre le Grand. Il défie l’empereur qu’il juge responsable du drame. Soudain, il a le sentiment que la statue s’est mise à bouger et qu’elle se lance à sa poursuite. Le malheureux fuit éperdument. On retrouve son cadavre dans une petite île perdue au milieu des marécages.

Ce poème très apprécié des russes inspira à son tour de nombreux illustrateurs !

Illustration Vasily Surikov, Gif animé © PFD


“Des lions, la patte levée, paraissaient vivants et montaient la garde sur le perron.
Juste en face, juché dans le noir, le géant trônait sur son cheval de bronze.
Eugène eut un frisson. Les idées brouillaient son esprit. Il revoyait la scène du déluge, lorsque les ondes ameutées se pressaient contre lui pour l’engloutir, les lions, la place où trônait le chef d’airain, immobile dans les ténèbres, et dont la volonté fatale avait créé cette ville sur la mer.
Son aspect était terrible à travers les ombres qui l’environnaient. Quelle pensée sous son ample front, quelle force ramassée en ses membres et quelle ardeur dans son coursier !
Où ton galop te porte-t-il, cheval superbe ? Où ton sabot ira-t-il s’abattre ? O maître puissant du destin, n’est-ce pas ainsi qu’au-dessus de l’abîme, tout en haut, sous le frein d’acier tu fis cabrer la Russie ?
Le pauvre dément, devant le piédestal de l’idole, contemplait hagard le souverain de la moitié du globe. La poitrine oppressée, heurtant du front les barreaux, ses yeux fouillaient l’obscurité. Un froid circula dans ses veines, il frémit et d’un air tragique s’arrêta devant la hautaine idole. Grinçant des dents et le poing levé, comme en proie à son funeste ressentiment, il murmura d’une voix qui tremblait de fureur : « À nous deux, faiseur de prodiges, c’est moi qui… ».
Et tout à coup il s’élança dans une fuite éperdue. Il lui avait semblé que le visage du terrible despote, enflammé de colère, s’était retourné lentement… Il se mit à courir à travers la place déserte, entendant sur ses pas — ou serait-ce le bruit du tonnerre ? — un lourd galop qui martèle les pavés ébranlés. Sous un blême rayon de lune, allongeant le bras tout là-haut, le cavalier de bronze est à ses trousses dans une chevauchée retentissante. Et toute la nuit, où que l’insensé dirige ses pas, derrière lui, partout, le cavalier de bronze est là qui le poursuit de ses pesantes foulées.
À partir de ce jour, quand il devait traverser la place, un désarroi se peignait sur ses traits. Sa main se crispait sur sa poitrine comme pour étouffer un gémissement. D’un geste, il découvrait son front et, baissant humblement la tête, passait au large.”

Illustration d’Alexandre Nikolaïevitch Benois
Illustration d’Alexandre Nikolaïevitch Benois
Illustration d’Alexandre Nikolaïevitch Benois
Illustration V.N. Masyutin, 1922.
Illustration V.N. Masyutin, 1922.

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