Grrrr… Madame de Grrrrraffigny, une cougar « Lorraine »

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Après avoir vécu une malheureuse première vie, battue et ruinée par un mari buveur et joueur. Françoise de Graffigny va vivre plusieurs autres vies.
Après l’obtention d’une séparation de corps de son mari violent* (fait extrêmement rare au XVIIIe siècle), (*archives sources policières et témoignages, Correspondance de madame de Graffigny, Oxford (0), bibliothèque de Nancy et lettre autographe manuscrite Bibliothèque de Nancy), elle est invitée à la cour de Lorraine par sa protectrice la duchesse Elisabeth Charlotte de Lorraine, et là, notre bonne « grosse » (c’est le surnom qu’on lui donne à la cour de Lorraine) qui n’a encore que 30 ans, va carrément s’y éclater !

Très proche de la duchesse, Françoise y jouit d’un statut qui lui permet non seulement de faire rigoler toute la cour avec sa répartie et son langage grossier, « mon cul et mon pied vont bien se matin… » dixit la grosse dans les couloirs du château (Gaston Maugras et correspondance, lettre à Panpan Devaux n°32), mais ce statut lui permet aussi de vivre une grande histoire d’amour, sa grande histoire, avec Léopold Desmarest, le fils du maître de musique du duc Léopold de Lorraine, qui a 13 ans de moins qu’elle.

Elle s’exile de sa chère Lorraine à l’arrivée du roi Stanislas qui récupère le duché Lorrain en viager, et sa vie ne sera plus qu’une suite de rebondissements comprenant plusieurs actes qu’elle relate dans une correspondance de plus de 4 000 lettres échangées avec son ami de cœur Panpan Devaux resté à la cour de Lunéville.

On lui prêtera plus tard, lorsqu’elle est à Paris, beaucoup de liaisons amoureuses, dont l’avocat Pierre Valleré (1), qu’elle surnomme Doudou, le poète irlandais Jean Dromgold(2), qui a 25 ans de moins qu’elle, et Antoine Bret (3), 22 ans… de moins… qui est auteur dramatique et l’un de ses fervents admirateurs, surnommé « le grand garçon » et que l’on soupçonne d’être son amant (3)!

Françoise suscite les passions et elle est toujours entourées de prétendants plus ou moins assidus qu’elle est parfois obligée d’éconduir !
(Villeneuve, abbé de la Galaizière, Plissot, Turgot,  le père Martel, D’Arbaud, etc…)

Dans son conte « La princesse Azerolle » édité en 1745, elle parle de la relation d’un Roi, surnommé Doudou avec une bonne fée… de 15ans son aînée… (Cinq contes de fées)

Jusqu’à la fin de sa vie, elle gardera un faible pour les très jeunes garçons, et sera l’amie intime à 62 ans d’un jeune prêtre-écrivain canon avec qui elle aura de fervents échanges, purement … théologiques !

Madame de Graffigny aura plusieurs vies. Sa condition de femme issue de la petite noblesse ne lui permettant pas de vivre, elle part à Paris lorsque la cour de Lorraine est cédée en viager au roi de Pologne en exil, et elle y crée son propre métier, courtière en littérature. Elle fait acheminer toutes les dernières nouveautés littéraires à ses amis de la cour de Lorraine, ce qui ne lui rapporte quasi rien puisqu’elle vit dans la misère de 1740 à 1750, avant de devenir une écrivaine célèbre à la sortie de son roman épistolaire « Lettres d’une Péruvienne » qui est « le » best seller de l’époque.

Elle aide ses amis de « province » à éditer, le fils de Bibiéna (peintre de Léopold) éditera des œuvres médiocres grâce à elle, et son grand ami Panpan Devaux sera à l’affiche pendant plusieurs semaines avec une de ses pièces de théâtre. Elle compose aussi de petites pièces pour les enfants de la Maison de Lorraine qui sont à Vienne et qui la chargent aussi de leur envoyer les derniers bibelots à la mode de Paris.

La bonne grosse ne lâchera jamais ses amis.

Les valeurs simples et humaines de ses œuvres s’intègrent dans l’élan des grands mouvements sociaux qui arrivent.
Elle a le courage de faire une critique sociale de son époque sur un ton décalé, à l’instar de Montesquieu ou de Voltaire.

Ele participe au salon littéraire « le bout-du-banc » de la comédienne Jeanne Quinault, oùt tous les grands esprits de Paris se rencontrent : Marivaux, Hélvétius, d’Alembert, Rousseau, les plus grands esprits de Paris fréquenteront ensuite son salon rue D’Enfer. Après ses deux succès littéraires, son roman Lettres d’une Péruvienne et sa pièce de théâtre Cénie, c’est la consécration !

Françoise absorbe et reflète l’agitation de son siècle, c’est un personnage transitoire entre une vieille France et le grand mouvement philosophique qui est en train de s’élever.

Sources :
– Une biographie de madame de Graffigny par Georges Mangeot
– Correspondance de Madame de Graffigny. Préparé par English Showalter et collaborateurs. Oxford

(0) Correspondance de madame de Graffigny, Oxford
Elle échange avec son grand ami François Devaux surnommé Panpan (resté en Lorraine), plus de 4000 lettres croisées de 1739 à 1758, à raison de trois courriers par semaine et au rythme des courriers postaux qui relient la Lorraine à la France.

(1) : Pierre Valléré est son locataire avant d’être son amant, correspondance de madame de Graffigny. Oxford

(2) : The subject of writing ; language epistemology, and identity in the Lettres d’une Péruviennes, Madeleine Dobie

(3) : Vers 1750, madame de Graffigny tombe amoureuse d’Antoine Bret, jeune auteur dramatique qui lui a fait auparavant sa déclaration, (Bret est né en 1717, il a 34 ans lorsqu’il rencontre la femme de lettres qui en a 55).
La « Grosse » retrouve une énième jeunesse avec celui qui fréquentera son salon pendant plusieurs années. « Il est plus heureux de mon ridicule aveu que de toutes les bonnes fortunes du monde »
Correspondance de madame de Graffigny. Oxford.

(3) : Correspondance générale d’Helvétius

Illustrations érotiques des « Contes » de La fontaine par Fragonard (1732-1806), musée du Petit-Palais. La fontaine donna libre cours à sa verve libertine dans les Contes qui connurent des parutions régulières tout au long de sa vie: 1665, 1666, 1671, 1674, 1685. Il mit en scène des maris trompés, des nonnes dévergondées et des moines lubriques, pour le plus grand plaisir des lecteurs.
Illustrations http://www.editionsdianedeselliers.com
Article d’après diverse sources  © Pascale Fourtier Debert

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One Reply to “Grrrr… Madame de Grrrrraffigny, une cougar « Lorraine »”

  1. On ne parlait pas de femme cougar à l’époque.
    Mais on peut aujourd’hui le dire : Françoise de Graffigny était bel et bien une véritable cougar 🙂

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