Au XVIIIe siècle, des gamins de Nancy lancent la mode des cires habillées !

cire4

On a tous vu dans les églises ou les musées ces tableaux kitchissimes représentant des scènes religieuses et dont les personnages de cire sont richement habillés de tissus d’or et d’argent.

Ces sculptures de cire, réservées traditionnellement à l’art religieux ou aux masques funéraires*, existent depuis la nuit des temps, mais début XVIIIe, des « gamins » de la ville-vieille de Nancy vont s’emparer du genre pour le désacraliser.
Les trois frères Guillot, remarqués très jeunes pour leur talent, sont probablement les premiers à faire des cires profanes et ouvrent leurs boutiques de Cires Habillées, l’une nommée « à Bethlehem » au 10 rue St-Dizier, l’autre au 19 rue Stanislas (ancienne rue de l’Esplanade), où rapidement toute la noblesse lorraine, la duchesse Elisabeth-Charlotte, puis (plus tard), le roy Stanislas (excusez du peu) passent commande…
Les anachronismes ne leur font pas peur, et les frères habillent leur personnages bibliques… luxueusement comme au XVIIIe siècle ! Pour ce faire, ils utilisent les chutes des étoffes somptueuses de leur échoppe car on les qualifie aussi de marchands merciers.
 
Les Guillot naissent dans les premières années du XVIIIe siècle, dans la Grande Rue à Nancy, où leur père est maître-cordonnier.
L’ainé, Nicolas, s’est fait remarqué très jeune par le duc Léopold en habillant des images pieuses, puis des personnage de cire. François, le cadet, est réputé pour ses cires réalistes, au « naturel « , c’est à dire qu’il moule à même les visages, il réalise comme son frère des bustes et des masques de cire, comme celui anecdotique du prince Charles de Lorraine que sa sœur Charlotte portera sur l’arrière de sa tête le jour du carnaval ! François se spécialise dans la confection d’une cire imitant la porcelaine de Saxe !
Le troisième frère, Charles, fabrique des maquettes en carton et réalise probablement les décors des tableaux de cire et les mécanismes qui animent parfois les poupées de cire.
Mme Bernard, nièce des Guillot et « figuriste » elle aussi contribuera à la renommée des Cires Habillées de Nancy, juste avant la céroplastie réaliste de Curtius et Marie Tussaud qui inspirera le musée Grévin !
Stanislas en raffole et en commande beaucoup qu’il envoie à ses nombreux petits enfant royaux, à Versailles…
Le musée Lorrain possède une collection incroyable de ces tableaux estampillés Cires Habillées de Nancy !
* la céroplastie est parfois aussi employée pour l’anatomie
Photos © tresorsdeferveur.fr & ©Le pays Lorrain
Article © Droits réservés Pascale Fourtier Debert
cire5ste-adelai%cc%88de2
cire6
Publicité de François Guillo
t (source le Pays Lorrain).
« François Guillot, marchand et ouvrier en figures de cire, fait et vend toutes sortes de beaux tableaux de saints et saintes richement habillés et encadrés, comme aussi des Enfans-Jésus de toutes grosseurs et attitudes différentes, tous entiers de cire ; ou les têtes, pieds et mains habillées ou prêtes à habiller, propres à mettre dans les Rochers, avec les assortiments et attributs qui conviennent aux Figures et à l’embellissement des ouvrages, comme sont des petits Animaux, des Maisons, des Oiseaux, brillans et coquillages de toutes espèces. On trouve aussi chez lui des Portraits de Princes et Princesses, comme la Famille Royale de France et d’Empire, etc…, et en particulier celui du prince Charles de Lorraine, en grosseur naturelle, tel qu’il est à présent, le moule ayant été fait sur l’original à Vienne. Il vend aussi des Têtes de Vierge de Luxembourg, avec l’Enfant-Jésus, de toutes grosseurs, propres à habiller, dont les plus communes sont de trois livres de France : les prix de ses Tableaux ordinaires sont connus ; il y en a de trois façons, les grands dans des cadres dorés, avec des coins, sont de quatorze livres de France, et les mêmes dans des cadres dorés, sans coins, douze livres, et les petits, en cadre doré ordinaire, six livres »

Laisser un commentaire