Robert Laverny, dandy nancéien

« Le destin n’est-il pas une danse immobile,
Et la rose une ronde arrêtée un instant ? »

Qui se souvient aujourd’hui de Robert Laverny, dandy nancéien digne des grands poètes de son temps ?
Il faut lire son œuvre pour comprendre que Robert est né poète, le 8 janvier 1892 à Thionville.

En 1906, tout juste ado, il se balade au lycée Poincaré dans un costume vert-pomme en déclamant des vers de Virgile et de l’Enéïde, qu’il connaît par cœur.
Ses professeurs le déclare fantasque, fantaisiste… et même sans-gêne !
Bref Robert est unique et génial et, de 14 à 18 ans, il rafle tous les premiers prix de philosophie, de littérature et de français.

Plutôt beau gosse notre Robert, et il en joue. Il ressemble à Montherlant, sa beauté, son allure, son éloquence subjugue ses amis. Ses modèles sont Verlaine, Rimbaud, Apollinaire, Mallarmé, mais aussi Villon, La Fontaine, et Marceline Desbordes-Valmore, une poétesse ultra adulée par Balzac, Verlaine ou encore Baudelaire, considérée comme une pionnière du romantisme dans la poésie française, mais totalement oubliée de nos jours.

Robert a 18 ans lorsque son premier ouvrage « Au fil du rêve » est publié. Il essuie bien sûr, les nombreuses critiques des « intellectuels » lorrains, nul n’est prophète en son pays…
Personnellement, j’adore les poèmes de Robert.

« Le nuage
Calme et lent, le nuage ainsi qu’une galère
Etrange aux flancs de nacre avance sur le ciel
Tandis que le soir met à sa carène claire
Des reflets roux d’automne et de vin et de miel
La nuageuse nef se bronze et s’enlumine
Et vogue le crépuscule et semble alors
Quelque nouvelle Argo, triomphale et divine
Cinglant vers le soleil, féérique toison d’or.

Mais la nuit l’a soudain surprise en son voyage.
Immobile, elle attend une brise opportune…
Et non loin de ses flancs de nacre le nuage
Comme une ancre a jeté le croissant de la lune. »

En 1914, Robert est incorporé au 26e régiment d’infanterie, à 22 ans. La seule flamme que la Grande Guerre n’éteindra pas en lui, est la poésie, mais son cœur est cassé.

En 1920, Robert est un dandy des années folles, il s’étourdit de littérature, de vin, d’opium, et de plaisirs. Il écrit son recueil « Folle Etoile », plus lucide, plus sarcastique…

« Le destin n’est-il pas une danse immobile,
Et la rose une ronde arrêtée un instant ? »

Robert Laverny connait également la Seconde Guerre mondiale. Puis il revient à Nancy où il est hébergé rue Héré par les aubergistes au grand cœur de l’auberge Alsacienne.
voir ici :
https://www.histoiresgalantes.fr/…/21/le-prince-de-la-rue/

Travailleur acharné, il passe parfois plusieurs nuits à trouver le mot juste. En 1937, il écrit « Moi, Prince de la rue », mais pas de n’importe quelle rue ! Il parle de Nancy, place Stanislas, rue Héré, place Vaudémont…

On a dit de lui qu’il conjurait le grand Rien avec des petits riens qu’il taillait et patinait, et qu’il jetait ces curieux exercices spirituels en offrande désinvoltes …
C’est bien dit !

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